L’influence des biais cognitifs aux paris sportifs

ParDavid Tennerel

L’influence des biais cognitifs aux paris sportifs

D’une manière générale, lorsque l’on cherche à comprendre comment gagner de l’argent aux paris sportifs sur le long terme, l’importance de l’aspect psychologique, qui comprend les biais cognitifs, n’est pas pris en compte. Un biais cognitif est un mécanisme de la pensée, cause de déviation du jugement. Le terme biais fait référence à une déviation systématique par rapport à la réalité (wikipédia).

Notre manière de penser et donc d’appréhender les paris sportifs peut-elle avoir une incidence directe sur nos gains ? Quelle sont les erreurs les plus souvent commises par les parieurs en ce qui concerne la psychologie et comment les éviter ? Contrôlons nous réellement nos actions ou nos émotions contrôlent-elles les choix que nous faisons ?

Cet article a pour but de faire un point sur la psychologie et de prendre conscience de son influence et notamment celle des biais cognitifs, dans notre manière de jouer.

D’un point de vue scientifique, ce qui fait que la race humaine est supérieure aux animaux, c’est sa capacité à penser de manière rationnelle. Notre système économique est donc fondé sur la théorie du choix rationnel. Cela suppose que pour n’importe quelle situation, lorsqu’une personne va faire un choix, elle va chercher à maximiser ses gains et minimiser ses pertes. Cela est totalement logique en théorie mais est-ce que ça fonctionne vraiment de cette manière dans la pratique ?

 

La théorie du choix rationnel

En économie, la préférence correspond à la hiérarchisation de toutes les possibilités en fonction de leur utilité relative. Notre cerveau fait un classement des différentes possibilités en fonction des bénéfices et des pertes qu’elles apportent.

Voyons la théorie du choix rationnel dans un exemple concret.

Imaginons que Frédérique aime beaucoup les fruits. Elle préfère les mangues aux fraises et préfère les fraises aux pommes. On peut imaginer et prédire logiquement que si elle doit choisir entre une mangue et une pomme, elle choisira la mangue.

Imaginons maintenant qu’elle soit invitée à l’anniversaire de sa nièce de 6 ans. La sœur de Frédérique prenant la santé comme un sujet très important pour elle, propose aux enfants des fruits plutôt que des bonbons. Les enfants se régalent au point que lorsque Frédérique veut aller se chercher un fruit sur la table des desserts, il ne reste à disposition plus que deux saladiers de fruit. L’un des deux saladiers contient un morceau de mangue et l’autre une pomme coupée en deux. Au moment où elle tend la main pour prendre son fruit préféré, deux enfants arrivent à toute vitesse et s’emparent du dernier morceau de mangue. Frédérique divise le morceau de mangue en deux parts et en donne une à chacun des enfants tout en leur rappelant les notions de partage. Frédérique quant à elle se contente de la pomme.

 

Que s’est-il passé dans cet exemple et pourquoi Frédérique a-t-elle finalement opté pour la pomme ? En effet, Frédérique est adulte et elle aurait pu garder la mangue pour elle-même, si elle l’avait souhaité. Cependant, elle ne l’a pas fait. Frédérique est-elle une personne irrationnelle ? Selon les scientifiques qui étudient le comportement humain, la satisfaction qu’éprouve Frédérique à faire plaisir aux deux enfants est plus importante que le plaisir qu’elle aurait ressenti en mangeant la mangue. C’est pour cette raison qu’elle choisit le choix « irrationnel » de la pomme plutôt que la mangue.

De la même manière, même si vous faites le choix de vouloir gagner aux paris sportifs, il serait irrationnel de penser que vous allez forcément agir en conséquence. D’autres données entrent en jeu.

 

Continuons notre exemple et regardons ce que choisirait Frédérique dans un nouveau contexte.

Frédérique est une personne très dépensière. Nous sommes le 20 du mois et elle est déjà à découvert. Ses habitudes d’acheter tout ce qui lui donne envie la mettent très en colère. Sur le chemin pour aller à la bibliothèque, Frédérique croise un ami à elle, Gerald. Gerald est en train de savourer un bol de quartiers de pommes agrémentés de cannelle et d’un peu de miel. Gerald lui propose de partager son dessert. Frédérique a une très grande envie d’acheter plutôt de la mangue avec de la glace vanille pour accompagner son fruit mais bien-sûr cela lui coûterait de l’argent.

Elle accepte donc la proposition de son ami Gerald un peu à contrecœur. Qu’aurait choisi Frédérique si ce scénario avait eu lieu juste après qu’elle aie reçu son salaire ? Frédérique pourrait alors commander sa mangue, la glace à la vanille et rajouter même un petit sirop de chocolat qu’elle adore savourer avec. Se contenterait-elle de la pomme gratuite dans ce cas ?

Faisons un saut dans le temps maintenant au jour où elle reçoit son salaire. Frédérique vient de lire un livre qui explique comment gérer ses finances. Ce livre l’a vraiment motivée à suivre ses dépenses et à prendre en main son compte. Elle souhaite qu’à partir d’aujourd’hui il ne soit plus jamais à découvert. Elle calcule alors son budget journalier maximum qu’elle est en droit de dépenser au supermarché. Elle fait même une liste de course qu’elle doit respecter. A la fin de ses courses elle s’aperçoit qu’il lui reste 2€ à dépenser. Elle va directement au rayon fruit et regarde les prix. Elle voit que la boite de mangue en cubes lui coûterait 2.50€, l’ananas en tranches quand à lui s’élève à 2€ tout comme la barquette de fraises, 2€ également. Frédérique est évidemment tenter d’attraper la mangue en cubes mais elle est aussi déterminée à lutter contre ses envies et respecter les objectives qu’elle s’est fixée. Elle attrape alors la barquette de fraise, heureuse de sa capacité à rester disciplinée.

 

Voilà un exemple qui illustre la théorie du choix rationnel. Dans chacune de ces situations, Frédérique a évalué le « pour » et le « contre » de chacune de ses décisions. Cependant, cela reste une théorie car dans la réalité, et notamment dans le domaine des paris sportifs, les parieurs ne font pas toujours des choix rationnels. Nous allons voir que nous sommes influencés par des biais cognitifs en liens avec nos émotions.

 

L’irrationalité dans les paris sportifs

Les scientifiques qui étudient le comportement humain ont-ils raison de dire que les gens n’agissent pas toujours suivant des axiomes rationnels ? C’est un long débat mais la chose la plus importante à retenir ici c’est qu’il ne suffit pas d’affirmer vouloir faire quelque chose pour forcément joindre le geste à la parole.

Dans la réalité, on peut se rendre compte que nos choix dépendent en fait d’une quantité très importante de paramètres tels que le contexte, les possibilités offertes, les avantages financiers, les ambitions ou encore les objectifs. Il serait donc irrationnel de supposer que seulement parce que vous vous êtes dit que vous vouliez gagner aux paris sportifs sur le long terme, vous alliez agir en conséquence. On peut même se rendre compte que la rationalité est tellement rare qu’elle en devient même un super pouvoir pour qui en est réellement doté.

Est-il selon vous logique de parier qu’il va y avoir au moins 3 buts dans un match (over 2.5) seulement sous prétexte que l’une des deux équipe a marqué 4 buts à la meilleure équipe du championnat la semaine passée ? Et ainsi penser qu’elle devrait en mettre au moins autant lors de ce nouveau match contre un adversaire plus faible que le précédent ?

Si vous avez tendance à penser que oui, alors vous êtes victime de ce que l’on appelle le biais de disponibilité. Le biais de disponibilité (ou l’heuristique de disponibilité) est un biais cognitif qui désigne la tendance ou le mode de raisonnement des personnes qui, sur une question donnée, privilégient et surestiment les informations immédiatement disponibles à notre mémoire, en particulier lorsqu’elles sont stéréotypées (définition wikipédia).

Avez-vous par exemple déjà augmenté votre mise après une série de pertes aux paris sportifs en vous disant que la roue allait forcément finir par tourner ? C’est un exemple classique de sophisme du joueur. Les biais cognitifs que sont l’erreur du parieur ou sophisme du joueur sont des erreurs de logique consistant à croire que si, lors d’un tirage aléatoire, un résultat peu probable est obtenu un grand nombre de fois, les tirages suivants vont probablement compenser cette déviation et donner de nombreuses fois le résultat opposé. Par exemple, si en tirant à pile ou face un joueur obtient un grand nombre de fois pile, il va croire avoir plus de chance d’obtenir face lors des tirages suivants (définition wikipédia).

Le sophisme du joueur est un biais cognitif qui n’est pas le seul piège mental dans lequel les parieurs ont tendance à tomber. Les psychologues ont même identifié toute une série de biais cognitifs en jeu qui ont pour conséquence de faire perdre de l’argent aux parieurs.

 

Comment surmonter les biais cognitifs aux paris sportifs ?

Surmonter ces biais cognitifs permettrait en théorie de prendre des décisions extrêmement rationnelles et donc meilleures. Mais alors comment les surmonter ? La réponse est simple: ce n’est pas possible. La seule chose que les parieurs puissent faire, c’est contrôler au maximum leurs actions en ne plaçant des paris qu’en fonction de leur espérance de gain plutôt qu’en fonction des émotions.

Je parle souvent du concept d’espérance de gain sur ce blog mais j’emploie plutôt le terme de value bet. Un pari qui a une espérance de gain positive est ce que l’on appelle un pari value (ou value bet).

L’espérance de gain d’un pari, c’est le montant qu’un parieur peut s’attendre à gagner ou à perdre s’il place un pari aux même côtes à de nombreuses reprises. L’espérance de gain se calcule à partir d’une équation simple qui consiste à multiplier la probabilité de victoire par le montant de gain potentiel par pari et en soustrayant la probabilité de perte multipliée par le montant perdu par pari.

Si par exemple vous estimez la probabilité d’une équipe de foot de gagner un match à 45%, que sa côte est de 2.5 et que vous misez 1€ alors l’espérance de gain se calcule:

E = % de chance de gagner * gain potentiel – % de chance de perdre * montant de la perte

E = 45 * 1.5 – 55 * 1

E= 12.50

Cela signifie qu’en moyenne lorsque vous miserez 100€ vous gagnerez 12.50€ net.

 

Pourquoi est-ce que vous pariez ?

Vous êtes-vous déjà posé la question sur les motivations qui vous poussent à parier et jouer aux paris sportifs ? Est-ce que vous appréciez particulièrement la montée d’adrénaline ? Est-ce la satisfaction que vous avez lorsque vous gagnez un pari occasionnellement ? Est-ce une source de sociabilité pour vous ?

Si vous répondez oui à l’une de ces questions alors les paris sportifs sont pour vous un divertissement. Il est en effet très agréable pour beaucoup de parieurs de miser selon ses intuitions et de profiter des montagnes russes émotionnelles que procurent les paris sportifs. Et ça n’est pas un problème en soit car même si bien souvent ces personnes ne seront pas gagnantes aux paris sportifs sur le long terme, elles ont conscience que c’est le même principe que de payer pour un divertissement quelconque.

En revanche une minorité de personnes dont vous faites peut-être partie cherche sérieusement à tirer un revenu régulier de leurs paris sportifs. Dans ce cas il est juste très important de s’assurer que vos paris répondent à vos exigences de rentabilité minimum (espérance de gains) et le mieux pour cela est de ne pas tenir compte de l’intuition (ou relativement peu). Les probabilités et les espérances de gain mathématique ne mentent pas sur le long terme.

 

Conclusion

En conclusion je dirais que les biais cognitifs sont comme un poison pour le parieur qui souhaite le faire de manière professionnelle. En effet, ces biais cognitifs nous font ressentir des émotions qui ont tendances à fausser notre jugement et à rendre notre avis sur un pari moins basé sur la raison que sur l’émotion.

Pour contrebalancer, il m’est arrivé que plusieurs de mes tipsters m’affirment garder une part d’intuition dans leurs paris sportifs. Il est impossible de dire aujourd’hui si cette part d’intuition qu’ils gardent dans leurs analyses rend leurs résultats meilleurs ou moins bons.

 

En vous souhaitant vous aussi de ne pas vous laisser trop influencer par vos biais cognitifs lorsque vous engagez un pari et de prendre celui-ci de la manière la plus rationnelle possible.

 

David Tennerel

 

Cet article est totalement inspiré de l’article « Betting psychology: a crash course for aspiring professional bettor » de la partie betting ressource du site Pinnacle sport. Un grand merci à Pinnacle pour l’autorisation donnée de réutiliser leurs articles pour le blog parieur-pro.fr.

 

À propos de l’auteur

David Tennerel administrator

4 commentaires pour l’instant

rrickyPublié le9:57 - Nov 29, 2018

Salut David,
Je suis un « nouveau venu » dans le monde du paris sportif. Je suis tombé sur ton blog suite à de nombreuses recherches que j’effectue sur le net à propos des paris sportifs. Je te remercie vivement de tes partages et de tous les articles que tu postes qui apportent vraiment de la valeur ajoutée pour les lecteurs. Cela fait plus de 25 ans que je suis dans le monde du jeu dont plus de 20 ans dans le domaine de la roulette que j’ai arrété il y a quelques mois car finalement je me suis rendu compte que l’espérance mathématique de gain est négative. J’ai essayé pendant quelque temps les paris hyppiques mais je me suis rendu compte (très vite) également qu’à long terme cela n’est pas rentable compte tenu des faibles cotes et qui varient également après les mises compte tenu de la mutualisation des paris. Finalement, et depuis peu je me suis rendu compte que les paris sportifs peuvent être rentables à condition d’être suffisament armé en stratégie, bankroll et surtout psychologiquement. Tes articles, que je dévore à longueure de journée, me donnent des pistes pertinentes pour réussir. Toutefois, je mets un petit bémol sur la définition ou de l’estimation de la probabilité de gagner (ou de perdre) d’une équipe ou d’un joueur s’il sagit d’un sport individuel. C’est là toute la difficulté de la détermination de la value bet car elle peut être biaisée par des facteurs émotionnels et intuitifs. Par ailleurs, je suis tout à fait d’accord avec toi que les stats et les probabilités sont infaillibles sur le long terme. Merci pour ces contenus à très forte valeur ajoutée et bon courage pour la suite.

    David TennerelPublié le9:52 - Nov 30, 2018

    Hello Ricky,
    tout d’abord merci pour les encouragements c’est cool si le contenu du blog t’est utile.
    Oui je te confirme que pour la roulette il est impossible d’en faire une activité rentable. pour ce qui est des paris hippiques je ne sais pas honnêtement. J’imagine que quelques très bons connaisseurs doivent gagner quand même.
    Pour ce qui est du value bet oui c’est toute la difficulté dans les paris de savoir estimer des probabilités.
    Merci encore, n’hésite pas si besoins !
    David

haysPublié le5:20 - Mai 27, 2017

Salut David!
Article très intéressant , qui aborde effectivement le combat que mène tous les parieurs j’ai envie de dire..A savoir leurs hantises numero1 l’irrationalité, celle ci est la cause première du tilt , des diverses méthodes suicidaires de gestion de Bankroll etc…La chance ne favorise que les esprits préparés disait PASTEUR.. C’est un adage qui colle parfaitement dans le monde du betting. La chance, l’irrationnel c’est bien mais une bonne analyse objective basée sur la logique ,les stats, le bon sens, la connaissance de sa ligue etc… Doivent prévaloir. Au plaisir

    David TennerelPublié le8:46 - Mai 28, 2017

    Salut Hays,
    j’aime beaucoup cette citation aussi !
    Et oui je suis totalement d’accord avec toi sur le fait de rendre son analyse la plus objective possible même si ça n’est pas toujours évident.
    Merci à toi 😉
    David

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